Rook & Rose, book 1: The Mask of Mirrors de M.A. Carrick

Orbit Books, 688 pages, 2021, Fantasy

M.A. Carrick est le pseudonyme d’un duo d’autrices : Marie Brennan et Alyc Helms.

La fantasy qui nous parle de voleurs, d’arnaqueurs qui montent des coup et autres joyeuseté est vraiment un des classiques du genre. On la voit certes moins souvent que celle qui parle d’assassins mais elle n’a pas volé sa place (volé, voleurs … ).

Tout lecteur du genre connait au moins de nom les Salauds Gentilshommes et son célèbre Locke Lamora par exemple, un des piliers du genre. Mais la où les Salauds Gentilshommes était plutôt grimdark, dans un monde sombre avec pas mal de violence et un peu sordide, ici ça n’est pas le cas.

On est sur une fantasy d’inspiration vénitienne centrée sur les personnages, attachants, et au worldbuilding très coloré. L’ensemble est finalement assez positif, loin de l’ambiance des Salauds Gentilshommes.

Mon avis sur l’ensemble est très positif aussi. Je ne mettrais pas un gros « waou » mais ce premier tome a vraiment sur me séduire et me donner un gros coup de « reviens-y ».

Je trouve que l’ambiance, les personnages et le monde décrit sont vraiment les éléments essentiels dans cette histoire. C’est pourquoi je vais prendre un peu plus de temps que d’habitude pour vous en parler, histoire de vous donner envie. Rassurez vous, l’ensemble est tellement riche que je ne vais qu’effleurer l’ensemble, il vous restera beaucoup de chose à découvrir dedans.

*****

Comme je l’ai dis on est sur une fantasy inspirée de Venise.
La ville dans laquelle elle se passe, Nadezra est une île à l’embranchement d’un fleuve. Celui ci se sépare en deux et passe des deux cotés de l’île qui est considéré comme la vieille ville et bien sur avec le temps la cité s’est aussi développée sur les deux rives du fleuve qui l’entourent. Ces deux rives n’étant pas de la terre stable, on a construit un système de canaux qui les traversent de toutes parts pour faire circuler l’eau et empêcher qu’elles sombrent.

Nadezra qui est à la fois la capitale de ce petit état et le nom de l’état lui même, est dirigé par un conseil. Le conseil est formé par les 5 familles les plus importantes de la ville. Chaque place au conseil vient avec une responsabilité précise. (Commerce, défense …)
Nadezra est la ville des rêves, la cité des masques. D’ailleurs la fête des masques est l’un de ses moments forts chaque année.

*****

Ren (Arenza) est une enfant des rues de Nadezra. Elle n’est pas vraiment considéré comme une native car sa mère était une étrangère d’une autre ethnicité, rejetée par son clan. Tout sa vie elle a vécu dans la pauvreté, surtout depuis que sa mère est morte.

Aidée par son ami d’enfance, Tess, Ren a un plan pour les sortir de la misère.
Elle a décidé d’infiltrer la Maison noble Traementis, une des plus ancienne famille de Nadezra, qui autrefois faisait parti du conseil mais dont la grâce est passée suite a des mésaventures et des dettes et qui maintenant se contente d’être une Maison parmi d’autres.

Elle connait bien cette Maison car elle a été la bonne d’un de ses membres en disgrâce pendant quelques années. Grâce à toutes les informations qu’elle a pu entendre de la part des confidences de son ancienne maitresse, elle connait tout de leurs petits secrets et compte bien s’en servir.

Elle décide de se faire passer pour Renata Viraudax, fille inventée de son ancienne maîtresse.
Celle ci a fuit un jour sa famille en volant une grande partie de la réserve de bijoux de la famille. Elle s’est établi dans un autre pays ou elle c’est marié. Ren ayant à son tour volé les bijoux en quittant son service, elle a de quoi « prouver » qui elle est quand elle se présente devant la Maison.

Mais voila, la situation est plus complexe que prévu.
Pour prouver qu’elle n’est pas comme sa « mère », Ren va devoir faire une faveur à la famille. C’est comme ça marche à Nadezra, chaque personne est en grâce ou en disgrâce en fonction de ce que lui doivent les autres, et de comment il est vu. Une réputation, une Maison, une famille, tout peut disparaître en quelques mots mal placés ou une erreur qu’il ne fallait pas faire vis à vis de la mauvaise personne. C’est une affaire dangereuse pour Ren, car tirer la corde à soi va forcement entraîner sa perte pour quelqu’un d’autre. Elle va devoir bien choisi à qui faire confiance.

Voila qu’entre en jeu Vargo. Ancien (ou pas?) contrebandier il tente de rentrer dans la bonne société de la ville. Et pour cela, étant commerçant dans l’âme, il a besoin d’un Charter (une autorisation d’affrètement, pour avoir le droit d’importer ou d’exporter des marchandises dans Nadezra).
Mais les Charter sont rares, et ils ne sont jamais attribués à des non-nobles.
Il décide de faire appel à Renata. Celle ci va proposer l’affaire à la Maison Traementis, qui en a vraiment besoin en ce moment, et elle en sera l’intermédiaire. Les trois partis en sortiront gagnants.

C’est la que Ren se rend compte que la Maison Traementis est réellement au bord de la faillite. Mais ça elle ne le découvre que quand elle a déjà bien avancé son plan. Il n’y a donc plus de fortune facile à se faire. Avant de pouvoir en profiter elle va devoir sortir elle même la Maison de sa ruine.

La Maison qui tente de détruire Traementis est celle qui détient actuellement le siège de la défense, ce qui signifie qu’ils ont tout les hommes d’armes et autres policiers sous leur coupe. Ils sont intouchables quoi.

*****

On ne suit pas seulement Ren. Certes, elle est centrale et lie tout les autres personnages, mais en fait son intrigue n’est qu’une parmi d’autres.
On suit également d’autres membres de la Maison Traementis : la mère, Donaia, qui se méfie de Ren et qui a du mal à lui faire confiance, mais qui est obligé de passer par elle pour sortir sa Maison de la déchéance.
Le Fils, Leato, du même age que Ren, qui semble jouer un double jeu et traîne un peu trop dans les bas-fond de la ville où il ne devrait normalement pas avoir sa place.
Et la fille, Guilia, plus jeune que Ren dont celle ci va devenir l’amie et le mentor.

On suit évidement aussi Vargo qui en plus de ses affaires souterraines est aidé par une voix mystérieuse dans sa tête qui s’y connait énormément en magie et qui a des objectifs cachés.
Il y a également Grey, étranger du même peuple que la mère de Ren, policier dans la ville. Celui ci enquête sur des disparitions mystérieuses d’enfants des rues, dont certains finissent par réapparaître en ne pouvait plus dormir et par mourir de fatigue en quelques semaines.
Ainsi qu’un mystérieux Robin des bois, The Rook. Celui ci agit depuis des dizaines d’années dans la ville, mais personne n’a jamais réussi à savoir qui c’était (surement plusieurs personnes au fil du temps), ni à le prendre sur le fait. Celui ci défend les pauvres contre les exactions des grandes Maisons.

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Comme je l’ai dis on n’est pas sur un trône de fer -like. Les personnages ne passent pas par des horreurs, il n’y a pas de guerre. Et si les Maisons sont vraiment rudes et sans pitié entre elles, ça n’implique (quasiment) jamais de bain de sang. On est plus sur une ruine financière, de l’emprisonnement, où le fait de chasser quelqu’un des hautes marches du pouvoir pour prendre sa place. Les nobles meurent plus souvent de suicide ou de duels qui ont mal tournés que de coups dans le dos.

Ça n’en reste pas moins difficile, bien entendu, nombreux sont les membres gênants de grandes familles qu’on a enlevé discrètement pour les envoyer en esclavage dans d’autres contrées moins accueillantes (sans parler du peuple, bien sur, dont fait parti Ren, qu’on maintient volontairement dans l’obéissance par la misère). Mais on n’est pas sur du gore, des executions ou des massacres.

Très vite on se rend compte que si tout les personnages sont sympathiques, et qu’il n’y a pas de vrais salauds, tous ont quand même leurs propres objectifs. Tous jouent en sous main avec des échanges de faveurs ou d’informations pour faire avancer leur pion sur le jeu de la politique de la ville.

Ren se prend bientôt d’amitié avec tout ce monde, et ça va devenir de plus en plus difficile pour elle de continuer à jouer son rôle de cousine venu d’ailleurs, sans se faire démasquer. Elle ne comptait pas du tout sur le fait que son arnaque de départ lui prendrait si longtemps. Elle comptait disparaître dés qu’elle aurait dépouillé Traementis.
Mais la tâche est immense et avec les mois qui passent elle fait de plus en plus parti de la famille …

*****

Arrivé à ce moment la vous vous demandez surement ce qu’il en est de la magie, dont je n’ai pas parlé.
La par contre je ne vais pas trop pouvoir vous en parler parce qu’elle n’est vraiment pas expliquée. Les personnages en savent beaucoup, mais c’est un principe tellement complexe avec son système de dieux et sa myriade de noms et d’aspects que finalement personne n’attends qu’on retienne tout ça.

L’ensemble se décline en plusieurs façon de voir les choses. On a le clergé qui parle au nom des dieux, les prédictions (de type Tarot pour le peuple, ou passant par des Oracles pour la noblesse), des cercles magiques de puissances variables que l’on crée en associant des symboles des différents dieux et dont la place, le matériaux et l’ordre détermine l’effet. Et on a aussi une magie des artisans qui qui peuvent « imprégner » les objets de magie, par exemple faire en sorte qu’une flamme ne se souffle pas avec le vent, que la nourriture ne pourrisse pas pendant un certain temps, que le maquillage se fonde parfaitement avec la peau …

Au final sur l’ensemble on est plus proche de la façon dont est traité la magie dans Malazan (Le livre des martyrs) ou dans le Seigneur des Anneaux, que dans un Sanderson quoi. On nous lâche dans l’arène sans jamais nous expliquer vraiment comment ça marche concrètement, on sait juste que les personnages l’utilisent et ce qu’ils en pensent au moment donné.

Ren et Vargo ont tout les deux une implication dans la magie. Ren parce qu’elle sait tirer les Tarots et s’en sert pour son arnaque et son personnage, et Vargo grâce à sa connaissance intime des cercles.

*****

Je dirais que l’intérêt principal de l’ensemble est le worldbuilding très intéressant de l’ensemble. Il y a tellement d’éléments différents et de cultures qui se mélangent. A chaque fois que je relis les paragraphes précédents je trouve d’autres éléments a rajouter qui me semble essentiels. Et pourtant j’en ai déjà zappé tellement d’importants dont j’aimerais aussi vous parler. Mais il faut savoir fait des choix et cette chronique est déjà un gros pavé.

Sur ce point la on a vraiment l’impression d’y être. Ce monde est vivant, et on en suit la tapisserie tout du long.
On ne peux pas dire (comme dans certains autres séries) qu’il y a peu de monde. Ici les noms défilent à toute vitesse, on rencontre des centaines de personnages … Rassurez vous, personne ne s’attends à ce qu’on se souvienne de tout, mais ça fait parti du paysage réaliste de la ville, et c’est très réussi !

Au niveau du rythme on ne peux pas dire que ça soit un livre rapide. L’ensemble se met en place doucement. C’est en parti du au fait qu’on a tout ce monde à découvrir et que ça prend du temps. Mais pas que. Comme je l’ai dis au dessus, Ren va passer des mois dans son arnaque. Il faut le temps aux événements d’arriver, tout ne se fait pas à la minute.

Mais j’avoue que je suis vraiment sous le charme. Une fois le début de mise en place passé, j’avais du mal à lâcher le livre, et j’ai lu le dernier tiers en une fois.

Et quel final ! J’ai vraiment hâte de pouvoir lire la suite !

9 commentaires sur “Rook & Rose, book 1: The Mask of Mirrors de M.A. Carrick

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  1. Je n’en lis pas assez mais c’est le genre de fantasy que j’aime beaucoup. Ça change que l’univers ne soit pas trop sombre par contre c’est dommage pour la magie, là c’est la fan de Sanderson qui parle ^^

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  2. Je l’avais repéré pour sa couverture, mais le résumé n’avait pas fait assez tilt pour me pousser à craquer rapidement. J’avoue que cette idée de fantasy inspirée de Venise me plaît bien, d’autant que l’univers a l’air plein de charme ! Merci pour ton avis qui fait remonter le livre dans ma wish list.

    Aimé par 1 personne

  3. J’ai eu exactement le même ressenti. Ça ne m’a pas soufflé, mais ça m’a diverti d’une manière très plaisante, et le final est excellent. (et puis le grimdark je sature).

    J’aime bien la magie, comme je l’aimais dans la serie des princes d’Ambre de Zelazny (la filiation semble solide, entre le pattern, les tarots, et les ombres/le reve). J’aime bien aussi que pour une fois on passe plus de temps à décrire comment les gens s’habillent pour paraitre plutôt que les manières dont le héro assassine ses semblables.

    Ce n’est clairement qu’un prologue par contre (la raison pour laquelle la série s’appelle « Rook & Rose » n’apparaît que dans le dernier chapitre après tout) et j’attends Liar’s Knot avec impatience.

    Aimé par 1 personne

    1. C’est très vrai pour le nom de la série. Je n’y avais pas fait gaffe quand je l’ai lu, mais quand j’ai écrit l’article ça a fait tilt tout de suite !

      Je sens aussi un bon lien entre Vargo et le dictateur, j’ai hâte d’en savoir plus sur son personnage !

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      1. J’avoue, je lis plus pour les intrigues de cours, familiales et romantiques, (et j’apprécie que Tess ou les Treamentis soient des perso avec un agenda mais qui restent sympathiques) mais il est certain que la meta-histoire tourne de qui est la mère de Ren, et qui est Vargo (pourquoi sa cité natale est…, son but, qui est son fantôme), et pouquoi il manque une statue.

        Aimé par 1 personne

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